Hip Opsession fête ses dix ans

Du 6 février au 8 mars, le festival Hip Opsession soufflera sa dixième bougie. L’occasion de dresser un bilan de ce rendez-vous incontournable de la culture hip-hop dans le grand ouest avec son directeur Nicolas Reverdito.

Affiche Hip Opsession 2014

Affiche Hip Opsession 2014

En 2005, quelle était votre volonté en créant ce festival ?
L’idée était de créer un événement hip hop fédérateur permettant de valoriser la scène locale, de rassembler les acteurs des différentes disciplines (musique, danse, arts plastiques), de montrer la vivacité de la scène régionale et surtout de tenir sur la durée. On ne voulait pas faire un one shot et on est très contents d’arriver à la 10e édition aujourd’hui.

Un tel rendez-vous, était-ce une première en France ?
Non il y en avait déjà pas mal. A Nantes, durant 5-6 ans, il y avait déjà eu Energ’hip hop qui était un beau festival. Mais depuis 2002, il n’y avait plus d’événement fort de ce type dans la ville et c’était important pour nous de recréer ce temps là pour montrer que le hip hop était toujours vivant en Pays de la Loire. On essaie vraiment de valoriser toutes les pratiques, toutes les déclinaisons de la culture hip hop.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur ces dix années écoulées ?
Ca a été une belle aventure avec une évolution constante du festival, des nouveaux partenariats, des collaborations fortes qui durent depuis dix ans et une maturation qui s’est faite petit à petit. C’est un festival qui n’a cessé de se développer et qui aujourd’hui a une belle assise sur le territoire.

Quel est votre meilleur souvenir ?
Il y en a beaucoup mais un des meilleurs, c’était en 2008 quand on a fait l’émission La Quotidienne qui était diffusée tous les jours sur TéléNantes et Internet. Pendant tout le festival, le soir après les concerts et les rangements, on passait au bureau du réalisateur pour voir la fin du montage et le valider avant l’envoi à TéléNantes. Ca avait créé une vraie dynamique au niveau de l’équipe qui bossait ici. Mais aussi avec tous les potes qui étaient partout en France, qui venaient sur des petites parties du festival et qui rataient le reste. Du coup on avait vraiment un rayonnement de l’événement et une connaissance qui a explosé. Ca a généré quelque chose de fort au sein de l’équipe et de tous les gens proches de l’association Pick Up Production au niveau national.

« Montrer toute la diversité et la richesse du hip hop »

Et quel est votre pire souvenir ?
Lors de la deuxième édition, dix minutes avant le discours d’ouverture officiel avec les élus, les partenaires, le public, on apprend l’annulation de PMD qui était la tête d’affiche à l’époque. Du coup, il a fallu faire bonne figure et gérer l’information qu’il fallait quand même passer au public. Ca avait été un moment très dur à vivre même si maintenant on en rigole.

Pour en revenir à cette 10e édition, aura t-elle une couleur particulière ?
Globalement, elle sera dans la continuité de ce qu’il s’est fait jusqu’à maintenant. A savoir montrer toute la diversité et la richesse du hip hop tout en étant le plus pointu possible. Ce qui fait la marque de fabrique du festival et aussi ce qui nous fait kiffer, ce ne sont pas les grosses têtes d’affiche, les noms qui brillent sur le papier et qui en live sont cuits. On est plutôt dans les surprises, les artistes peu connus qui viennent et retournent le cerveau de tout le monde par un show de fou.

Combien de personnes attendez-vous sur l’ensemble du festival ?
On attend en tout 20 000 personnes.

Le fait de vous être exporté à Paris le 16 janvier dernier, le temps d’une soirée, marque t-il une volonté d’étendre les frontières du festival ?
L’idée était de faire rayonner le festival au niveau national et d’aller à Paris pour le faire connaître davantage. Mais il n’y a pas de projet visant à rééditer ce rendez-vous. Maintenant, ça c’est super bien passé et on est en train de revoir le format pour les 11 ans donc il se peut qu’il y ait d’autres excursions à Paris ou ailleurs.

En dix ans, trouvez-vous que la culture hip hop a évolué ?
Elle connaît une évolution constante en se nourrissant de tout ce qu’il se passe au niveau artistique, sociétal… Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles on ne se lasse pas. Tous les ans, on a de nouvelles surprises, de nouveaux challenges à relever qui nous mettent la niaque. Dernièrement il y a notamment eu l’avènement de l’image avec le graffiti. La musique est de plus en plus éclectique et ça crée même de grands débats sur l’identité du hip hop.

A t-elle trouvé sa place aujourd’hui ? Est-elle mieux acceptée, mieux comprise selon vous ?
Je ne pense pas qu’elle ait encore trouvé sa place car si elle est belle et bien de plus en plus médiatisée, ce qui l’est ne représente pas forcément les valeurs de la culture hip hop. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour avoir une vraie reconnaissance, que les artistes hip hop soient rémunérés comme les autres, que la créativité, la création artistique, l’art en général les reconnaisse à leur juste valeur sans se poser de question sur ce qu’il font. Le hip hop aura vraiment trouvé sa place quand toutes ces questions seront réglées. Et en même temps, est ce qu’il y a besoin de régler cette question, est ce qu’au contraire ce n’est pas ce questionnement, ce tâtonnement qui crée cette richesse et cette créativité ?

Trouvez-vous que le public s’est élargit ?
Le public est très large mais c’était déjà le cas il y a 10 ans. Quand on a fait le battle de danse qui est le rendez-vous phare d’Hip Opsession, l’événement fondateur du festival, le public était très hétéroclite dès le début. Il y avait des familles, des jeunes, des Bboys, ça venait d’un peu partout sur l’agglo et de France. Je pense aussi que l’ouverture s’opère à partir du moment où les organisateurs en ont envie. Et nous ça fait vraiment parti de nos objectifs de base : faire découvrir au plus grand nombre cette culture et montrer qu’il y en a pour tous les goûts.

Comment envisagez-vous l’avenir du festival ?
On réfléchit à des évolutions mais il ne faudrait pas que ça se développe trop parce que je pense que pour garder une richesse artistique, une qualité voire une certaine intégrité, il ne faut pas être trop mainstream. Le côté un peu underground permet de faire davantage ce que l’on veut.

Il est d’ailleurs question de changer un peu le format en 2015. Pouvez-vous nous en dire plus ?
On est en train d’y réfléchir, on n’a pas d’annonce officielle à faire encore sur le sujet mais ce qui est sûr c’est que l’on veut continuer à être dans la créativité. On ne veut pas s’endormir sur nos lauriers. Cela fait dix ans que le festival tend vers ce format. Cela fait trois, quatre ans que l’on est arrivé à « maturité » donc il faut que l’on continue à être inventif pour évoluer, créer de nouvelles choses. On se pose des questions autant sur le fond que sur la forme.

Quel regard portez-vous sur la scène hip hop locale ?
Il y a une scène très active avec beaucoup d’artistes en rap, en danse, en DJing, en graff, en human beatbox… Après c’est un mouvement qui a du mal à se fédérer, à travailler ensemble et donc à développer des projets d’envergure.

« Pour garder […] une qualité voire une certaine intégrité, il ne faut pas être trop mainstream »

Pourquoi cette difficulté à se fédérer ?
Parce que c’est un peu le problème de notre société. C’est chacun pour soi. Tout le monde essaie de tirer la couverture. Au niveau musical, il n’y a pas un label fédérateur qui pourrait permettre un vrai travail de fond pour développer les artistes en local. Donc à part quelques têtes d’affiche qui sortent du lot, il n’y a pas de gros artistes sur le territoire. Mais il y a de la qualité et des activistes. L’autre particularité, c’est la scène DJ qui est une des scènes les plus importantes en France avec une vraie culture musicale. Tous les week end dans les bars de Nantes, il y a des DJs qui mixent et ça crée aussi une culture chez le public. Du coup, on peut davantage se permettre de faire des programmations  pointues ici que dans d’autres villes où il y a moins de connaissance.

Est-ce qu’un groupe comme Hocus Pocus, connu dans toute la France, peut tirer vers le haut toute la scène locale ou, au contraire, l’occulter ?
Je pense qu’ils peuvent l’aider et qu’ils essaient de le faire à leur échelle mais après ils ne peuvent pas tout faire tout seul. Avant tout ce qu’il faut c’est avoir l’envie et, sans trahir le fond et l’artistique, mettre en place les outils pour pouvoir y arriver. Mais c’est sûr que ça ne peut être que positif pour le rap nantais d’avoir des artistes connus et reconnus.

Quels sont vos derniers coups de cœurs musicaux ?
Un de mes derniers coups de cœur en rap français c’est VALD, un très jeune rappeur parisien qui vient juste de sortir un peu de l’anonymat, avec deux, trois clips sur Internet en fin d’année. Je pense qu’il va faire pas mal de bruit notamment avec un morceau intitulé Shoot un ministre qui est assez énorme. Au delà du côté un peu énervé du gars, il rappe et il est bien encadré au niveau des prods. Côté rap US, c’est Clear Soul Forces qui est programmé sur le festival et qui est vraiment un gros coup de cœur que j’ai découvert juste avant l’été. A l’époque, ils étaient pas très connus et là ils ne cessent de se développer. J’espère que l’on va faire une belle date sur Hip Opsession.

Enfin dans vos rêves les plus fous, quel artiste rêveriez-vous de faire venir ?
En fait ce qui est difficile, c’est que je n’ai pas de « rêves les plus fous ». Je ne rêve pas de programmer Eminem, Nas ou Jay-Z. Ce n’est pas ce que je sais faire et on en n’a pas les moyens. Donc programmer ce que l’on programme, ça me convient très bien. C’est tout à fait le type de rap que j’écoute et éthiquement ce que je défends. Même si je kiffe grave Eminem et qu’à chaque fois qu’il sort un nouvel album, je suis à l’affût. Ce n’est pas notre ambition. Après, si les Beastie Boys étaient encore vivants, peut être que j’aurais répondu que mon rêve serait de faire un petit Zénith avec eux.

Pour découvrir la programmation de cette 10e édition : http://www.hipopsession.com/artistes

Propos recueillis par Mathieu Perrichet

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s