Les maculées conceptions

Dans deux jours, une grande partie de la planète célèbrera Noël et, consciemment ou non, la naissance de Jésus, le fils de la Vierge Marie. Dès lors, quoi de mieux que de dresser le portrait de Soasig Chamaillard, plasticienne nantaise, qui entretient une relation privilégiée avec l’icône chrétienne depuis plusieurs années.

Vierges Marie en Power Rangers - Soasig Chamaillard.

Vierges Marie en Power Rangers – Soasig Chamaillard.

Pour la jeune femme, ancienne étudiante des beaux arts, tout a commencé « lorsque la première statue est arrivée dans l’atelier en 2005 ». Une rencontre provoquée par son père qui, de retour d’une brocante, lui offrit l’objet. « Bien que très attirée par l’imagerie religieuse, je n’avais jamais osé acheter une statue de la Vierge. Je crois que son image semblait me dire que je ne serais jamais une femme à la hauteur des attentes de notre société » analyse l’artiste. Après un an à s’observer, à se jauger pour enfin s’apprivoiser, Soasig Chamaillard se décide à restaurer l’icône abîmée en lui réparant son pied cassé. « J’ai alors réalisé que j’avais déjà laissé mon empreinte sur cette pièce. Pour aller jusqu’au bout de cette réflexion, j’ai pensé que je pourrais me l’approprier pleinement en l’associant à l’une de mes passions, le Japon. Sainte Geisha était née ».

Ce premier détournement réalisé, la plasticienne se met en quête de nouvelles statues qu’elle déniche à droite à gauche. « Chacune a une histoire qui lui est propre. On peut imaginer qu’elle a été investie d’un pouvoir mystique, puis posée sur un buffet où elle a vu le gigot du dimanche sur la table et la balle du chien la décapiter. Dévalorisée, elle a terminé pour quelques euros dans un vide grenier. Quand je la récupère, je change son destin. » Guidage Par Sainte (GPS), Santa Claus, Sang Pitié, Pokemum… sont autant d’exemples aussi divers et variés que les sources d’inspiration de la jeune femme. « Les balades, les rencontres, le web, les lectures, la radio…, tout peut nourrir mes créations. » commente Soasig Chamaillard. « Pour Super Marie Ô, l’idée est partie du groupe féministe La Barbe auquel j’avais envie de faire un clin d’œil. La barbe s’est transformée en moustache quand j’ai repensé à ce héros de jeu vidéo ultra connu. En ce qui concerne Hello Mary, je me suis évidemment inspirée d’Hello Kitty, un personnage sans bouche, et donc sans paroles, que l’on offre aux petites filles ».

« Je ne cherche pas à choquer ceux qui croient »

Car, en détournant cette icône féminine sacrée, la plasticienne nantaise s’interroge essentiellement sur la place et le rôle de la femme dans notre société. Mais aussi à la manière dont celle-ci est représentée. Et, de son propre aveu, ses créations « suscitent plus de questionnements que de réponses ». Toutefois, l’artiste assure qu’elle « travaille également de manière intuitive » sans savoir elle-même si elle cherche réellement à faire passer un message très clair. « Je fais mes expériences, des associations, je m’amuse tout en essayant de donner du sens » résume t-elle finalement. « Mais je n’ai en aucun cas l’intention de provoquer ou de me moquer de la religion chrétienne. Ma démarche n’a rien à voir ». D’ailleurs, afin de ménager toutes les susceptibilités, la plasticienne ne manque pas de mentionner sur la page d’accueil de son site : « Je ne cherche pas à choquer ceux qui croient. Je ne cherche qu’à toucher ceux qui voient ».

Super Marie, Sainte Moon et Sainte Barbie - Soasig Chamaillard.

Super Marie, Sainte Moon et Sainte Barbie – Soasig Chamaillard.

Un rappel sous forme de maxime pas toujours bien compris par certains. Ainsi, en juillet dernier une galerie toulousaine a dû renoncer à exposer les œuvres de Soasig Chamaillard en raison de menaces d’ultra-catholiques criant au blasphème. Des réactions que regrette évidemment l’intéressée mais qu’elle prend avec philosophie : « Maintenant je sais que je peux les remercier car ils ont fait beaucoup parler de moi. Et comme je ne suis pas sûre que c’était leur but, peut-être réfléchiront-ils aux conséquences de leurs actes la prochaine fois. Menacer la galerie et, par la même occasion, la liberté d’expression artistique, c’est très grave. Je peux comprendre que mon travail dérange et que l’on passe son chemin, mais j’ai plus de mal à accepter que l’on tente d’interdire de l’exposer ».

Si la jeune femme, qui a « eu une éducation chrétienne », admet être touchée par le fait que ses détournements puissent blesser des gens, pas question pour autant de renoncer et de donner raison à ses détracteurs. Les pressions auraient même tendance à la motiver plus qu’à l’intimider. « Quand on touche à ma liberté d’expression artistique, j’ai envie de me battre davantage encore » lance celle qui déplore un climat de plus en plus tendu en France. « Les derniers événements liés aux activités artistiques et à certains radicaux catholiques  [ndlr: Piss Christ, « Sur le concept du visage du fils de Dieu », Golgota Picnic] me font penser que certains doivent vivre dans un milieu très fermé et déconnectés de la réalité ». Mais Soasig Chamaillard reste optimiste et préfère retenir les nombreux mails d’encouragements qu’elle reçoit en plus grande quantité que ceux garnis d’insultes. Et, en attendant de trouver « une nouvelle galerie qui aurait le courage d’exposer [son] travail en France ou à l’étranger », la plasticienne a encore plein d’idées pour de nouvelles Vierge Marie en 2014.

Mathieu Perrichet

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