Daron Sheehan : « Ma vie est remplie de paradoxes et de contradictions »

A mille lieues des best-sellers de la rentrée littéraire, inondant allègrement les travées des librairies, l’écrivain anglais Daron Sheehan a discrètement sorti en mai dernier son premier livre : Le Projet Socrate. Dans ce roman d’anticipation qui s’inscrit dans un avenir proche, l’auteur s’interroge sur la survie de l’humanité en brassant un nombre important de sujets plus que jamais d’actualité. De l’écologie à la religion en passant par les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle.

Le Projet Socrate ©Mathieu Perrichet

Le Projet Socrate ©Mathieu Perrichet

Loin de la frénésie du microcosme littéraire et des sollicitations médiatiques à n’en pas finir, Daron Sheehan, 43 ans, se plie volontiers au jeu des questions réponses. Dans un français impeccable, marqué par un accent so british, l’homme parle avec plaisir de son livre et de la vie… Entretien.

A 43 ans, il s’agit de votre premier roman, que faisiez-vous auparavant ?
Je travaillais près de Londres dans le monde de la finance. Puis, en 2006, j’ai pris trois années sabbatiques pour participer à des expéditions et aider des associations éducatives et caritatives en Europe, en Afrique du Sud et au Moyen-Orient. Là, j’ai eu la possibilité de rencontrer beaucoup de monde et de travailler avec des partenaires visionnaires dans les domaines de l’éducation environnementale et de l’écologie. J’ai mélangé leurs riches expériences avec mes propres convictions philosophiques pour donner naissance au « Projet Socrate ».

Le rapport à la nature, l’environnement sont au centre de ce roman. Êtes-vous un écolo convaincu ?
J’aimerais l’être, mais comme la plupart de nous, ma vie est remplie de paradoxes et de contradictions. Je préfère voyager à vélo, mais souvent je prends l’avion à cause de mon travail. J’aime explorer la nature sauvage, c’est souvent un antidote après avoir passé trop de temps au cœur de notre société que je trouve de plus en plus folle. Pour résoudre ces paradoxes, j’essaie de peser mes actions et motivations, c’est à dire d’examiner ma conscience avant de polluer encore plus le monde.

Avez-vous eu des retours de la part d’organisations environnementales ?
Isabelle Delannoy et Jacqueline Goffart de La Fondation Good Planet m’offrent un soutien personnel que j’apprécie fortement. La Fondation Nicolas Hulot a mis un article sur son blog. De même pour Natura Sciences. Un cadre du WWF France a également lu le livre.  Si le livre a du succès j’aimerai mettre en place CAMEOS [une plateforme sur le web dédiée à l’écologie dans le roman NDLR] pour faire des dons aux organisations environnementales.

Pour répondre aux crises écologiques, sociales, économiques, vous mettez en scène des robots très évolués censés aider l’humanité. Que pensez-vous des avancées technologiques actuelles, notamment en termes d’intelligence artificielle ?
Je crois que la technologie nécessaire pour créer un monde meilleur, comme des modes de transport peu polluants, existe déjà. Mais le défi, c’est de susciter l’envie chez les hommes de la mettre en place.

A la frontière entre le robot et l’humain, que vous inspire le transhumanisme ?
Personnellement, cela m’effraie. Je crois que la qualité de vie est plus importante que la quantité de vie. Et il n’est pas dit qu’en allongeant nos existences, nous soyons plus heureux. Donc, je crois qu’il serait plus efficace d’utiliser nos énergies et nos ressources limitées à améliorer les sociétés humaines afin de rendre les humains plus contents avec leurs vies actuelles. (A lire l’avis du philosophe Jean-Michel Besnier dans Libération)

La technologie libère t-elle ou asservit-elle selon vous ?
Comme toute chose, il faut consommer avec modération. Jusqu’à un certain niveau la technologie libère, mais au-delà elle peut asservir. Par exemple, avec les téléphones portables , on peut être appelé de n’importe où, n’importe quand sans pouvoir ainsi échapper à ses responsabilités. Dans plusieurs domaines, la technologie arrive à un seuil où les avancées prennent le pas sur nos habitudes, plutôt que de nous libérer.

L’aspect religieux est également très présent dans votre roman, êtes vous croyant ?
Je crois dans une force intelligente qui nous dépasse, qui est présente dans l’univers depuis le début et qui crée l’ordre du chaos, grâce à laquelle les lois de l’univers ont su évoluer.

Pensez-vous vraiment que la religion puisse jouer un rôle primordial dans la sauvegarde de la planète ?
Je crois que les religions ont évoluées pour nous rapprocher et donner un sens à nos vies. La plupart de nos religions nous déconseillent une vie matérialiste et ma propre expérience m’a appris que le vrai sens de la vie se trouve dans la nature. Y compris les relations humaines. Or, nous avons créé une logique économique pour nous aider à vivre dont nous sommes devenus les esclaves. Selon moi, il faut relier les gens avec quelque chose de plus important que l’argent et le matérialisme. Ce qui relie chacun de nous, c’est la Terre, la Nature. C’est peut-être ça la prochaine grande religion. Saurons-nous faire évoluer nos religions ou en créer de nouvelles, ou d’autres moyens de relier les gens pour sauvegarder la planète ?  Voilà le grand défi du 21eme siècle.

N’est-ce pas un peu utopique voire anachronique ?
Oui mais pour survivre et vivre en paix, en tant qu’espèce composée de plusieurs milliards de personnes, il faut réaliser les utopies, non ? Et l’utopie serait plutôt d’imaginer que l’on puisse continuer à vivre de cette façon au-delà de la capacité de notre planète.

Etes-vous optimiste ou pessimiste quant à l’avenir de l’humanité ?
Je crois en notre capacité à changer. J’ai peu confiance dans la génération adulte actuelle, dont la majorité a des croyances profondément ancrées dans la société de consommation. Mais, je suis optimiste et je pense que les jeunes d’aujourd’hui porteront le flambeau d’une vraie évolution.

Avez-vous des modèles qui vous inspirent ?
Bob Marley, The Sex Pistols, Platon, Marcel Proust, Victor Hugo…, mes influences sont très éclectiques.

Quels sont vos projets à venir ?
« Le Projet Socrate » est la première partie d’une trilogie, j’ai donc les deux prochains livres à finir (mêmes caractères, contexte très différents). J’aimerais vivre encore de vraies aventures humaines.

Le pitch : Alors que l’humanité s’enfonce inexorablement dans une crise écologique, économique et sociale dont l’issue semble fatale, les Nations unies mettent en place une mission secrète baptisée le Projet Socrate. Des robots – les sicads –, mélangeant la sagesse de Socrate aux dernières avancées technologiques, sont envoyés aux quatre coins de la planète afin de nous observer et de trouver les solutions susceptibles de sauver ce qui peut encore l’être.

Propos recueillis par Mathieu Perrichet

Advertisements

2 réflexions sur “Daron Sheehan : « Ma vie est remplie de paradoxes et de contradictions »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s