La Marche, un film contre l’indifférence

En 1983, après une bavure policière dont l’un d’eux est victime, trois jeunes de la cité des Minguettes dans la banlieue de Lyon, épaulés par le curé du quartier, lancent une marche pacifique à travers la France pour l’égalité et contre le racisme. Trente-deux au départ de Marseille le 15 octobre – neuf dans le film -, ils sont plus de 100 000 de tous horizons à les accueillir dans les rues de Paris le 3 décembre pour crier leur ras-le-bol des discriminations en tout genre.

Capture d'écran du film La Marche.

Capture d’écran du film La Marche.

Trente ans plus tard, pour son deuxième long-métrage, le réalisateur belge Nabil Ben Yadir a souhaité raconter cette « page un peu oubliée de l’histoire de France ». L’histoire vraie de Toumi Djaidja, un « enfant sage » n’ayant jamais connu « la prison ou même simplement le commissariat » confie lui-même l’intéressé. L’histoire d’un jeune homme qui a voulu en aider un autre à se défaire des crocs d’un chien policier et qui a récolté en échange une balle de la part d’un des gardiens de la paix. L’histoire d’un mec de banlieue, militant et admirateur de Gandhi et Martin Luther King. L’histoire d’une bande d’amis d’origines diverses qui décide de parcourir plus de 1000 kilomètres à travers une France à fleur de peau en prise avec l’intolérance et les violences raciales. L’histoire d’un groupe de potes qui choisit de « se battre pacifiquement pour plus de justice et de paix » (dixit Toumi Djaidja) afin de faire bouger les choses dans un pays qui se découvre métissé.

Depuis cette Marche, trois décennies se sont écoulées et pourtant les revendications de cette jeunesse restent toujours terriblement d’actualité. « Je pense que cet événement résonne très fort aujourd’hui même si cela c’est passé il y a trente ans » commente ainsi Nabil Ben Yadir. Toutefois, « il faudrait être fou pour affirmer que rien n’a changé, voire que la situation s’est aggravée » estime Toumi Djaidja. Pour preuve, après cet événement, le crime raciste a été reconnu et la carte de séjour est passée à 10 ans notamment. « Certes, la Marche n’a pas changé la face de la France ni guéri ses maux, mais elle a été un rêve en action, un rêve qui a connu des moments de concrétisation. Or nous avons besoin de rêve pour avancer » analyse, de son côté, Christian Delorme, curé et organisateur de la Marche.

Nader Boussandel, Toumi Djaidja et Tewfik Jallab ©Mathieu Perrichet

Nader Boussandel, Toumi Djaidja et Tewfik Jallab ©Mathieu Perrichet

Résultat, un joli film émouvant, parfois drôle malgré un sujet grave, qui trouve trente ans plus tard avec l’actualité un écho particulier. Le tout, sans jamais tomber dans le pathos grâce à une myriade de comédiens, plus ou moins connus, qui jouent juste.

A retrouver mon interview de Nader Boussandel, Toumi Djaidja et Tewfik Jallab dans le Kinorama daté du 27 novembre au 3 décembre.

La Marche, de Nabil Ben Yadir, avec Olivier Gourmet, Tewfik Jallab, Vincent Rottiers, M’Barek Belkouk, Nader Boussandel, Lubna Azabal, Hafsia Herzi, Charlotte Le Bon, Philippe Nahon et Jamel Debbouze. En salles le 27 novembre.

Mathieu Perrichet

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