L’upcycling, le recyclage créatif

Le 19 octobre dernier, la première boutique dédiée à l’upcycling à Nantes – et l’une des rares en France – ouvrait ses portes. L’occasion d’aller taper la discute avec sa créatrice afin d’en savoir plus sur ce concept bien ancré dans l’air du temps.

Intérieur de la boutique Pirouette à Nantes ©Mathieu Perrichet

Intérieur de la boutique Pirouette à Nantes ©Mathieu Perrichet

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », cette maxime attribuée à Lavoisier au XVIIIe siècle, Véronic Durand l’a faite sienne. Le 19 octobre dernier, cette jeune femme de tout juste 30 ans a ouvert la première boutique entièrement consacrée à l’upcycling à Nantes. Soit « la valorisation par la création de matériaux réemployés » explique t-elle. Quelle différence avec le recyclage alors ? « Il y a l’idée d’une valeur ajoutée par la création, un véritable aspect artistique ». En d’autres termes, l’upcycling s’apparente à une sorte de recyclage haut de gamme. Le produit initial bénéficie ainsi d’une nouvelle vie tout en étant sublimé.

A voir l’engouement avec lequel Véronic parle de cette démarche, l’on comprend aisément combien cela lui tient à cœur et qu’il ne s’agit pas là que d’une lubie. « Je suis tombée dedans quand j’étais petite. Cela fait partie de moi. J’ai toujours récupéré les choses et cherché à les réutiliser. Par mon éducation, j’ai tout de suite été sensibilisée au recyclage, au fait qu’il ne faut pas gâcher. Donc quand l’envie est venue de créer mon propre projet, c’était juste complètement logique de partir dans cette direction » avoue la néo-commerçante qui, dans une première vie, travaillait dans l’audiovisuel et le spectacle vivant.

Des objets à priori condamnés

« En montant cette affaire, j’ai eu envie d’exprimer des choses. Mon objectif est de montrer que l’upcycling, c’est avant tout de beaux objets très bien finis. Je suis d’ailleurs intransigeante quant à la qualité et l’esthétique des produits ». Et, lorsque l’on jette un coup d’œil à son échoppe, rien à première vue ne la distingue d’autres magasins de déco. Pourtant, ses jolis cabas colorés sont fabriqués à partir d’emballages en plastique. Ses trousses sont d’anciennes chambres à air. Ses sacs en toile sont à l’origine de vieux rideaux ou vêtements. Tandis que ses colliers sont réalisés à partir de collants et ses sacoches avec des chutes de revêtements de sol. Chaises, coussins, saladiers, lampes, carnets, horloges… Tous ces produits étaient, il y a peu, des objets à priori condamnés à être jetés à la poubelle comme de vulgaires déchets. Mais, comme le confirme enthousiaste la jeune femme : « on peut tout réutiliser ».

Derrière tout cela, se cache forcément une démarche économique, écologique et responsable. Une tendance qui s’inscrit donc dans l’air du temps. « L’upcycling véhicule certes plusieurs valeurs, une certaine éthique. Moi ce qui m’importe c’est sensibiliser sur le non gaspillage, sur la réduction des déchets et montrer que le réemploi d’objets usagés peut faire naître de très belles choses ». Une mission plutôt réussie, semble t-il, à en juger par sa petite caverne d’Ali Baba. « Il y a des créateurs qui recyclent très bien et j’ai envie de les mettre en valeur. C’est vraiment pour cela que j’ai créé cet endroit ». Et le message passe vraisemblablement auprès de ces derniers puisque nombreux sont ceux qui poussent la porte de la boutique et, séduits, souhaitent s’en inspirer selon la jeune femme. « C’est génial parce que je ne pensais pas que mon message allait passer à ce point là ».

Le symbole d’une certaine prise de conscience

Des bijoux en papier, un exemple d'objets "upcyclés" ©Mathieu Perrichet

Des bijoux en papier, un exemple d’objets "upcyclés" ©Mathieu Perrichet

Mais, lorsque le terme « réponse à la crise » intervient dans la conversation, la commerçante fait alors part d’une théorie toute personnelle. « Pour moi, il n’y a pas de crise mais un changement structurel logique. Nous sommes dans une période de flottement. A un moment donné, lorsque l’on utilise à fond des ressources qui ne sont pas infinies, il faut se poser des questions ». Ainsi, son magasin dédié à l’upcycling peut-être vu comme une illustration de cette évolution consent Véronic. « Je pense que ce genre d’approche – que ce soit l’économie circulaire ou les notions d’occasion et de partage – constitue l’avenir. Qu’une prise de conscience est en marche. Tout cela est finalement très positif car cela nous force à vivre et faire autrement » raconte t-elle pleine d’optimisme.

Cerise sur le gâteau qui ne manquera pas de ravir notre ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, 95% des produits vendus dans la boutique nantaise sont made in France et 85% proviennent de Nantes et sa région. « J’évite les choses qui viennent de loin car cela n’aurait pas vraiment de sens par rapport à ce que j’essaie de montrer ». Toutefois, Véronic ne veut pas se bloquer qu’avec des produits hexagonaux « car il existe ailleurs en Europe des choses vraiment bien ». Quant aux prix, « ils restent moins chers que dans un magasin de déco lambda. Pour des objets uniques de création réalisés localement, cela reste très abordable » confie t-elle.

Personne ne se fout du recyclage

Du côté des potentiels clients, ces derniers « rentrent avant tout parce qu’ils trouvent que c’est une jolie boutique ». Car pour la majorité des gens, l’upcycling ne signifie pas grand chose : « Certains pensent qu’il s’agit d’un truc lié au vélo » s’amuse la spécialiste. « Mais c’est bien car cela interpelle les passants. Du coup, les gens s’arrêtent pour lire le petit panneau dans la vitrine. Beaucoup me posent également des questions ». D’abord incrédule, la plupart semble touchée par le concept une fois qu’elle en a saisi la portée. « Pas une personne ne m’a dit qu’elle s’en foutait du recyclage. Souvent le concept apparaît même pour eux comme un argument de plus ». Et la clientèle s’étend « de l’ado de 17 ans au couple de personnes âgées car le côté objet unique ou en série très limitée plaît beaucoup ».

Soudain, Véronic Durand prévient tout sourire « je pourrais parler de l’upcycling pendant des heures ». Difficile de ne pas la croire. Alors, avant de prendre congé, celle-ci révèle le secret du nom de sa boutique : « Pirouette, c’est parce que je voulais qu’il y ait une idée de mouvement qui rappelle le cycle sans qu’il y ait le mot dedans ». Ecologique et économique, esthétique et éthique, l’upcycling a donc de quoi séduire. Reste maintenant à voir si cette tendance parviendra à s’installer dans la durée.

Mathieu Perrichet

Intérieur de la boutique Pirouette ©Mathieu Perrichet

Intérieur de la boutique Pirouette ©Mathieu Perrichet

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